Comprendre l’être humain : pourquoi une seule méthode ne suffit pas

Pendant longtemps, nous avons pensé qu’en apprenant davantage de techniques, nous comprendrions mieux les personnes.

Nous nous sommes formés.

Nous avons lu.

Nous avons testé différentes approches.

Et quelque chose d’assez paradoxal s’est produit :

plus nous apprenions, moins nous avions l’impression de comprendre.

Nous avions de plus en plus de pièces du puzzle.

Mais nous n’avions pas la boîte.

Nous ne savions plus vraiment quelle image nous étions censés construire.

C’est de là qu’est né Cartographier l’Humain.

Pas parce que nous avions enfin trouvé la bonne méthode pour comprendre l’être humain.

Au contraire.

Parce qu’après plusieurs années d’études et de pratique, nous avons commencé à comprendre qu’aucune méthode ne nous semblait suffisante pour expliquer à elle seule la complexité d’une personne.

Et qu’avant d’ajouter toujours plus d’outils, nous avions peut-être besoin d’autre chose :

une carte.

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Au départ, nous cherchions simplement une méthode qui fonctionne

Mon histoire avec la santé a commencé assez tôt.

Enfant et adolescent, j’ai connu différents problèmes : surpoids, acné, asthme, allergies…

À l’époque, je ne cherchais pas particulièrement à comprendre tout ça. C’était simplement ma vie.

Puis, vers 16 ans, je me suis mis sérieusement au sport et à la musculation.

J’ai commencé à faire attention à ma nutrition, j’ai perdu beaucoup de poids, pris du muscle et, progressivement, le corps humain est devenu une obsession.

Pourtant, mes études n’avaient rien à voir avec la santé. Je faisais de la gestion et j’envisageais plutôt des métiers dans la banque ou l’immobilier.

Mais je savais déjà que cette direction ne me correspondait pas.

Pendant un moment, j’ai pensé devenir coach sportif. Puis, un soir, à la salle de sport, je me suis violemment blessé au dos en faisant du rowing.

En quelques minutes, plusieurs personnes m’ont proposé plusieurs solutions : kinésithérapeute, ostéopathe… puis ma mère m’a dit :

« Va voir un chiropracteur. »

Je ne savais même pas vraiment ce qu’était la chiropratique.

J’y suis allé.

Et, honnêtement, la première partie de la séance ne m’a pas convaincu du tout.

Mais ensuite, le praticien s’est assis et nous avons parlé.

Longtemps.

C’était l’une des premières fois où j’avais l’impression que quelqu’un prenait réellement le temps d’écouter toute mon histoire plutôt que de regarder uniquement le problème du moment.

Et il m’a fait découvrir qu’il existait peut-être un métier capable de réunir plusieurs choses qui m’intéressaient déjà : le corps, le sport, la santé et une vision globale de la personne.

C’est comme ça que j’ai commencé la chiropratique.

Pour Lucie, l’histoire était différente… mais pas tant que ça

Lucie souffrait notamment de migraines récurrentes depuis l’adolescence et se blessait régulièrement en faisant du sport.

Elle avait consulté plusieurs professionnels. On lui disait que c’était probablement la croissance, que cela passerait.

Mais les années passaient et le problème était toujours là.

Un jour, sa mère lui a proposé de consulter une chiropractrice.

Lucie n’avait aucune envie d’y aller.

Elle était même franchement sceptique.

Mais cette consultation a produit chez elle quelque chose de très similaire à ce que j’avais vécu.

Pour la première fois, quelqu’un lui disait en substance :

« Je te crois. Je sais que tu ressens réellement quelque chose. »

Cette sensation d’être écoutée et prise au sérieux a profondément marqué sa manière d’imaginer ce métier.

Quelques années plus tard, nous allions tous les deux nous retrouver dans la même école à Barcelone.

Et finir par construire ce projet ensemble.

Nous pensions avoir trouvé comment comprendre l’être humain

Au début de mes études, je me suis énormément intéressé à une vision traditionnelle et philosophique de la chiropratique.

Je lisais, j’écoutais des podcasts, je regardais des conférences.

Je baignais complètement dedans.

Cette vision me plaisait parce qu’elle paraissait globale : ne pas regarder uniquement le symptôme, mais essayer de comprendre la personne dans son ensemble.

J’y ai adhéré très fortement.

Probablement trop fortement.

Puis, à Barcelone, quelque chose s’est fissuré.

Je commençais à voir des questions auxquelles cette philosophie répondait mal.

Puis une autre.

Puis une autre.

Et quand suffisamment de pièces ne rentrent plus dans votre modèle, il arrive un moment où vous devez choisir :

ignorer les pièces…

ou remettre le modèle en question.

J’ai choisi la deuxième option.

Avec le recul, je pense avoir été trop extrême dans mon adhésion puis dans mon rejet.

Mais cette période a été fondamentale.

Parce qu’une nouvelle question est apparue :

Et si la santé était simplement beaucoup plus complexe que ce que j’essayais d’en faire ?

Puis nous avons découvert une carte plus grande

C’est dans cette période que j’ai découvert la kinésiologie appliquée, ou Applied Kinesiology.

Une étudiante de la clinique cherchait quelqu’un sur qui pratiquer et m’a proposé de tester cette approche.

J’étais curieux.

J’ai accepté.

Et j’ai été fasciné.

Ce qui m’intéressait surtout était le modèle proposé : la santé n’était plus regardée uniquement sous l’angle structurel.

On parlait aussi de biochimie.

De nutrition.

D’organes.

D’émotions.

La kinésiologie appliquée proposait une sorte de triade : structure, biochimie et émotionnel.

Pour moi, c’était une énorme ouverture.

Pour la première fois, plusieurs domaines que j’étudiais séparément semblaient pouvoir appartenir à la même conversation.

Je me suis donc formé.

Beaucoup.

Et cette approche nous influence encore aujourd’hui.

Mais après quelque temps, une sensation familière est revenue.

La carte était devenue plus grande.

Mais certaines pièces ne rentraient toujours pas.

À chaque nouvelle découverte, le puzzle devenait plus grand

Nous avons commencé à approfondir le travail émotionnel.

Puis je me suis intéressé davantage à l’acupuncture et à sa lecture énergétique du corps.

J’ai toujours eu du mal avec ce qui me paraît trop abstrait ou ésotérique. J’ai besoin de concret.

Mais j’ai progressivement compris qu’il était possible d’être ouvert sans être crédule, curieux sans abandonner le pragmatisme.

Enfin, nous avons exploré différents modèles de compréhension de soi, jusqu’à nous intéresser notamment au Human Design.

Notre question n’était pas :

« Est-ce que ce modèle explique toute la personne ? »

Mais plutôt :

« Est-ce qu’il nous aide à voir quelque chose que nos autres cartes ne montrent pas ? »

Nous nous retrouvions donc avec plusieurs manières de regarder une même personne :

le corps physique,

la biochimie,

les émotions,

l’énergétique,

la compréhension de soi.

Cela aurait dû rendre les choses plus simples.

C’est exactement l’inverse qui s’est produit.

Le piège que nous n’avions pas vu

Imaginez que vous construisiez un puzzle.

Vous avez 100 pièces.

Puis quelqu’un vous en donne 500 de plus.

Sauf qu’une partie de ces pièces provient d’autres boîtes.

Et qu’on ne vous a jamais montré les images originales.

Vous pouvez devenir extrêmement bon pour reconnaître chaque pièce.

Mais vous n’avez aucune idée de l’endroit où les poser.

C’est exactement ce que nous ressentions.

Accumuler les connaissances ne créait pas automatiquement de la compréhension.

Dans certains cas, cela créait même davantage de confusion.

Devant une personne, nous pouvions soudain imaginer quatre explications différentes.

Est-ce structurel ?

Nutritionnel ?

Émotionnel ?

Énergétique ?

Peut-être plusieurs choses à la fois ?

Nous avions tellement de grilles de lecture que nous risquions de ne plus vraiment savoir laquelle utiliser.

Et cette confusion devient particulièrement inconfortable quand on commence à travailler avec de vraies personnes.

« Pourquoi ça marche pour lui… mais pas pour elle ? »

Je pense que beaucoup de praticiens connaissent ce sentiment.

Vous apprenez une méthode.

Elle vous passionne.

Vous vous formez sérieusement.

Vous voyez de très beaux résultats.

Et naturellement, vous commencez à penser :

« J’ai trouvé quelque chose qui fonctionne. »

Puis arrive une personne chez qui ça ne fonctionne presque pas.

Alors vous cherchez.

Vous refaites votre technique.

Vous vous formez davantage.

Vous ajustez un détail.

Et parfois, vous commencez à douter de vous.

Peut-être que je ne suis pas assez bon.

Lucie a vécu exactement cette frustration pendant sa clinique étudiante : certaines personnes progressaient, mais pas complètement.

Et plus nous discutions ensemble, plus une autre possibilité apparaissait.

Et si le problème n’était pas forcément notre compétence ?

Et si nous étions simplement en train de travailler au mauvais niveau ?

Une excellente technique utilisée au mauvais endroit reste la mauvaise technique

Prenons une image simple.

Imaginez une maison de plusieurs étages.

Vous entendez un bruit de souris.

Vous placez dix pièges dans la cuisine.

Rien.

Vous pourriez conclure que vos pièges sont mauvais.

En acheter de meilleurs.

Ou en mettre trente.

Mais si les souris sont dans la cave, le problème n’a jamais été la qualité de vos pièges.

Vous cherchiez simplement au mauvais étage.

C’est cette idée que nous avons commencé à transposer à notre manière de comprendre les personnes.

Le travail articulaire n’est pas identique à un travail nutritionnel.

Le travail nutritionnel n’est pas identique à une psychothérapie.

Et une psychothérapie n’agit pas de la même manière qu’une approche issue de l’acupuncture.

Cela semble évident lorsqu’on le dit comme ça.

Pourtant, lorsqu’on appartient à une profession, il est extrêmement facile de regarder tous les problèmes à travers le filtre de cette profession.

Quand le seul outil que l’on possède est un marteau, beaucoup de choses finissent par ressembler à des clous.

Une nouvelle carte pour comprendre l’être humain

C’est à ce moment-là que nous avons découvert, à travers les travaux du Dr Dietrich Klinghardt, le modèle des « 5 niveaux », dit des « Five Levels of Healing ».

Ce modèle nous a intéressés pour une raison très simple :

il nous permettait enfin de ranger toutes les pièces du puzzle.

Nous ne le présentons pas comme une vérité scientifique définitive sur l’être humain.

Nous l’utilisons plutôt comme une architecture de pensée.

Une carte.

Pour nous, c’était une nouvelle manière de comprendre l’être humain sans essayer de le réduire à une seule dimension.

Et soudain, nos questions ont changé.

Au lieu de demander uniquement :

« Quelle technique puis-je utiliser ? »

nous avons commencé à demander :

« À quel niveau se situe probablement le problème ? »

Puis seulement :

« Quel outil serait pertinent à ce niveau ? »

Cela paraît être un détail.

Pour nous, c’était un changement profond.

Élargir sa carte… et sa boîte à outils

Cette recherche nous a amenés vers une idée que nous aimons beaucoup : celle du deep generalist, ou « généraliste profond ».

L’objectif n’est pas de tout maîtriser. C’est impossible.

Mais il peut être très utile de comprendre suffisamment les différents niveaux de l’être humain pour savoir où l’on se situe, ce que l’on sait faire et ce qui nous manque.

Ensuite, chacun peut choisir.

Rester spécialiste de son domaine tout en sachant quand référer.

Ou élargir progressivement sa propre boîte à outils en se formant à d’autres niveaux.

C’est en grande partie le chemin que nous avons choisi.

Comprendre plus largement, développer de nouvelles compétences quand cela a du sens, et savoir collaborer quand on atteint ses limites.

C’est pour cela que nous avons créé Cartographier l’Humain

Nous ne créons pas ce projet parce que nous avons terminé notre recherche.

Nous le créons précisément parce que nous sommes encore dedans.

Nous voulons étudier.

Comparer.

Tester.

Chercher les liens entre différentes disciplines.

Et surtout essayer de transformer cette accumulation de connaissances en quelque chose de plus clair.

Notre objectif n’est pas de vous dire :

« Voilà la vérité sur l’être humain. »

Nous voulons plutôt demander :

Comment mieux comprendre l’être humain sans nier sa complexité ?

Parce que l’être humain est complexe.

Mais complexe ne veut pas forcément dire incompréhensible.

Une carte ne sera jamais le territoire.

Elle peut être imparfaite.

Elle peut évoluer.

Mais une bonne carte peut déjà empêcher de tourner en rond pendant des années au même endroit.

Et c’est ce que nous allons essayer de construire ici.

Dans le prochain article, nous entrerons concrètement dans la première carte qui structure aujourd’hui notre travail : les cinq niveaux.

Nous verrons à quoi ils correspondent, comment différentes disciplines peuvent s’y situer et pourquoi cette grille peut changer la manière dont on comprend une personne.

En attendant, nous aimerions vous poser une question :

Avez-vous déjà vécu ce paradoxe étrange où apprendre davantage vous a finalement donné l’impression de comprendre moins ?

Si oui, vous êtes probablement exactement au bon endroit.

Si vous avez aimé l'article, vous êtes libre de le partager ! :)

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